Run-D.M.C.

Les Kings of Rock ne sont à l’évidence pas dans leur élément face à un journaliste, et le passage obligé en studio n’est qu’un moyen de promouvoir leur activité préférée : le live

Depuis sept ans Run DMC n’avait sorti aucun disque et pourtant Run, Dmc et Jam Master Jay n’ont jamais cessé de tourner au rythme de 200 concerts par an partout à travers le monde, et avouent prendre encore plaisir à rejouer chaque soir tous leurs classiques : Sucker MC’s, Walk This Way, Peter Piper, Run’s House, Down With The King… Armés de deux platines et de deux micros ils incarnent l’esprit même du hiphop, n’admettant comme seul concurrent dans ce domaine Doug E Fresh. Here We Go, repris sur le nouvel album, est une de leurs seules traces en public, enregistré en live au Funhouse en 1983 sans DAT, sans bandes, sans version instrumentale, juste avec deux copies de "Big Beat" en guise d’instru, une véritable leçon pour tous les rappeurs prétendant faire de la scène.

Sauf que …

Il y a trois ou quatre ans Darryl alias DMC à trop forcer sur sa voix (et à trop boire) a gravement endommagé son outil de travail. Vu l’énergie déployée chaque soir sur scène pendant presque vingt ans, le risque que cela arrive était grand. Cette perte aurait du mettre fin à la carrière de Run DMC, et bien non ! Aussi incohérent que cela puisse sembler le trio continue tant bien que mal d’assumer son statut de groupe de scène en comptant sur les boosts de son alter ego Rev. Run, mais DMC refuse de participer à l’album Crown Royal. S’il est au premier plan sur la pochette, il est absent du disque, en dehors d’un couplet sur Ay Papi (probablement enregistré il y a belle lurette) et de refrains samplés. Difficile à digérer quand on sait que les couplets en passe-passe sont depuis toujours la marque de fabrique de Run DMC, alors Run a fait appel à une pléthore d’invités venu d’horizons différents : Method Man, Sugar Ray, Jermaine Dupri, Limp Bizkit, Ad Rock sont à l’arrivé, mais restent dans les tiroirs d’Arista des morceaux avec Ol’Dirty Bastard ou Ja Rule. En réalité, cet album est prêt depuis très longtemps, le premier single était même sorti il y a deux ans, mais les différents managers et maisons de disques des invités n’ont pas tous joué le jeu.

Des invités qui d’ailleurs semblent parfois être là pour parer à l’absence de DMC, et s’il ne le reconnaît pas ouvertement Run ne dément pas non plus l’affirmation : "Les gens penseront ce qu’ils veulent, c’est pas grave, mais si DMC avait été sur l’album on aurait quand même fait ces collaborations. De toutes façons cet album ne définit pas ce qu’est réellement Run DMC, c’est un grand album mais Run DMC c’est plus que ce que montre ce disque". Probablement, reste à savoir si on aura encore l’occasion d’entendre ce dont Run DMC est vraiment capable, puisque DMC est lassé du monde du rap, à ce qu’on dit, et planche actuellement sur un projet plus orienté blues-pop que rap-rock.

Run livré donc à lui même sur le nouvel album parsème ses couplets de citations de leurs anciens hits : Hollis Crew, Together Forever, Raising Hell ou Peter Piper sont évoqués aux détours des nouveaux titres de Crown Royal, comme un clin d’œil aux fans afin de se remémorer le plus beau de l’histoire des Kings from Queens. Et pour les inconditionnels de Run DMC qui ont dévoré l’autobiographie de DMC "King Of Rock", son comparse a lui aussi sorti son livre “ It’s Like That : A Spiritual Memoir ” où le MC raconte l’histoire du groupe et son histoire personnelle : comment il a remis de l’ordre dans sa vie personnelle, et son ordination, puisqu’il est maintenant révérend. Pour autant il ne considère pas faire partie du courant “ christian rap ”, et évite tout excès de prosélytisme dans ses paroles. Run DMC est là pour distraire les gens, d’accord, mais pourquoi faire venir autour de lui des rappeurs fort peu recommandables glorifiant le crime comme Fat Joe The Gangster, Prodigy ou encore Nasty Nas, rendu célèbre il y a quelques année par la rîmes "When I was twelve / I went to hell for snuffing Jesus" ?"Oh, il disait ça pour se faire remarquer, il ne dit plus ce genre de choses, j’aime beaucoup Nas".

SLurg