Unspoken Heard : Soon Come
Bienvenu.
Bienvenu dans le monde d'Asheru et de Blue Black, les deux membres de Unspoken
Heard vous accueillent dans leur premier album qu'ils ont confectionné
du mieux possible pour qu'on s'y sente bien, comme chez soi, et ils y ont
réussit, enfin si tant est qu'on se sente l'âme d'un B-Boy pour
qui l'improvisation est l'élément le plus important du hiphop,
qu'on considère Tribe Called Quest comme le meilleur groupe de l'histoire
de la musique, et qu'on préfère écouter de la musique
chez soi plutôt qu'en boîte. L'endroit idéal pour écouter
l'arrangement quasiment bop de "Live at Home" n'est pas en voiture, ou dans
un bar à la mode, mais bien assis dans son canapé. Contrairement
à ce que laisse penser le sirupeux "Elevator Music", l'album n'est
pourtant pas qu'un disque "lounge", Truly Unique malgré sa boucle de
Cal Tjader est un titre uptempo qu'on pourrait entendre au prochain anniversaire
des Rocksteady Crew. Les flots d'Asheru et de Blue Black rappellent parfois
les Jungle Brothers, sur "B-Boy" en particulier. Les MCs d'Unspoken heard
prennent manifestement du plaisir à rapper sur les boucles à
base de guitares sèches, de cuivres et de pianos composées par
Sound Providers, Ge-ology, J Rawls etc. et nous font partager leur plaisir
sans trop de difficultés. A tel point qu'il est souvent impossible
de les arrêter, et qu'ils continuent à "improviser" sur This
Is Me quand le beat est terminé (enfin pour ceux qui veulent bien croire
qu'on garde une impro sur un album). Les grincheux classeront probablement
Unspoken Heard comme du rap pour boyscout, mais peu arrivent à résister
à l'ambiance festive de "Jamboree" qui sent bon le hiphop artisanal,
le rap d'avant Puffy. En 1994 Soon Come serait passé inaperçu,
et les deux rappeurs de DC ne vont pas changer la face du rap avec cet album,
mais le rap a t'il besoin d'être révolutionné tous les
mois ? Non, alors c'est l'album du mois !
The Usurpators : First Impressions
Si on se fie aux notes de pochette de cet album, The Usurpators serait un
groupe formé en juin 1968 pour enregistré cet unique album First
Impressions. Pourtant la rumeur prétend qu'il s'agit plutôt d'une
compilation de titres rares signés par différents groupes obscurs.
Vu la diversité des onze morceaux il faudrait un groupe plus éclectique
et versatile que Blood Sweat & Tears, Sly Stone et les Beastie Boys réunis
pour arriver à jongler entre le proto disco de My Heartbeat, le rhythm
and blues lent de Like A Watchdog et le latin jazz de Laid Back Driving, d'autant
plus que la formation est à chaque fois différente d'un titre
à l'autre : vibraphone et percu sur A Short Trip In Space, guitare
saturée, piano électrique et flûte sur Soap Bubble Army
etc. Bref la première impression que laisse ce disque est d'être
une excellente compilation de Funk Boogaloo Psyché, mais bien qu'on
ne croit pas une seule seconde à leur histoire de groupe First Impression
est un excellent recueil à mettre au crédit de Seventies Records.
Aux vrais crate diggers de retrouver les noms des groupes ! Ah oui j'oubliais,
"usurpateur" se dit "usurper" en anglais. Pas Usurpator...
Viktor Vaughn : Vaudeville Villain
Chaque
projet signé MF Doom est intéressant a priori. Peu ou pas de
déception à ce jour, à un point que ça en devient
inquiétant, on en est presque à attendre qu'il fasse un mauvais
disque. En tout cas ça ne sera pas celui ci, bien au contraire. Vaudeville
Villain offre la particularité de ne pas être produit par les
doigts de fer de Doom, ce qui redonne une nouvelle jeunesse au flow qu'on
croyais devenir prévisible. Les beats ne sont pas du tout dans le style
grosses boucles de rhythm and blues 80's chères à MF Doom :
King Honey, Heat Sensor et Max Bill, les producteurs du label Sound Ink, ont
vraiment su mettre en valeur le rappeur en renouvelant son répertoire
habituel. Le seul titre produit par RJD2 se révèle lui plutôt
anecdotique, la présence de Apani n'est pas non plus à proprement
parler marquante. En revanche on retiendra comme temps forts les couplets
de M. Sayid sur Never Dead, ainsi que Creature, obscure MC dont la dernière
intervention sur un disque sorti à plus de cent exemplaires doit remonter
à l'album des Infesticons, il y a 3 ans. Un classique de plus au palmarès
de Zev Luv X.
Wildchild : The Jackal EP (Industry)
Il
y a quelques mois des grincheux annonçaient la fin du groupe Lootpack.
Vu le boulot monstre qu’a Madlib la nouvelle était crédible.
Or il n’en est rien, et comme pour faire un pied de nez à la
rumeur Wildchild fait appel à son collègue Madlib sur quatre
des six sélections de son nouvel EP solo. Et hormis pour Fallen Soldier,
Wildchild a eu accès à quelques uns des meilleurs beats de Otis
Jackson. Bien que la boucle de Wild Style soit un peu facile, pas trop de
fonds de tiroirs à déplorer sur ce mini album.
Yesterday New Quintet : Angle Without Edges
Producteur
aux mille projets, Madlib se livre ici à un exercice bien différent
de ce à quoi il nous a habitué jusqu'à présent.
Ce n'est donc pas un disque de rap qu'il signe sous le nom de Yesterday New
Quintet mais un album de jazz électronique dans lequel les samples
se font beaucoup plus discrets que sur ses productions hiphop puisque le dernier
producteur encore fidèle au label Stones Throw fait la part belle aux
instruments live, en particulier les claviers de toute sorte : Fender Rhodes,
Hammond B3 et autres pianos électriques. Les samples sont plutôt
à aller chercher du coté des batteries, qui sont vraisemblablement
toutes à base de break subtilement découpés. Si Angles
Without Edges brille, ce n'est pourtant pas vraiment du à la virtuosité
de Madlib. Son jeu rappelle un peu celui d'un Les McCann avec un bras dans
le plâtre, ou Ahmad Jamal avec des moufles. Ce n'est pas vraiment la
dextérité de son jeu qui rend cet album indispensable. C'est
plutôt dans le découpage de sample de contrebasse ou de batterie
que Madlib se distingue du tout venant electro-jazz-lounge-chiant qui prolifère
sur toutes les compilations de bars à la mode. N'étant pas limité
par la contrainte de produire un beat binaire "rappable", il a tout le loisir
d'expérimenter des rythmiques latines ou ternaires peu usitées
dans le hiphop, même si beaucoup de beats restent très classiques,
il se lance parfois dans des breaks de batterie étonnements longs,
sans vraiment oser le solo non plus !
Yy : Hold The Fort Down (Peanut & Corn)
Danny
Corrigan alias Yy est un des espoirs de la scène indépendante
Canadienne qui sort son premier album sur Peanut & Corn. Enfin Hold The
Fort Down est un court album, ou long maxi puisqu'on y dénombre sept
ou huit titres (selon que préfériez le vinyle ou le CD). Dans
Back It Up le MC se présente en faisant virevolter sa voix sur la composition
particulièrement classieuse de McEnroe. Take As You Will est un morceau
surprenant dans le sujet abordé autant que dans la forme : ce titre
est construit autour d'extraits de micro-trottoirs réalisés
par Yy lui même sur la condition des Indiens. Dumb It Down en duo avec
McEnroe, son producteur et le boss de son label, est une fantaisie dans laquelle
ils imaginent le discours d'un directeur artistique confronté à
un artiste comme Yy : "si tu veux réussir souviens toi que le
public est con". Sans se sentir obligé de mettre de l'eau dans
son vitriol Yy ne devrait pas avoir trop de mal à se faire un nom dans
l'underground, ridicule certes, mais à se faire un nom quand même.