Quel
était ton premier job dans l’industrie du rap ?
En 1989 Pete Nice et MC Serch m’ont fait rencontrer Dave Gosset qui
travaillait à Def Jam, et grâce à eux trois j’ai
commencé là-bas d’abord comme coursier, puis j’y
ai travaillé quatre ans, d’abord à la promo, ensuite
aux cotés de Russel Simmons à la direction artistique. C’est
là que j’ai commencé à rêver à mon
propre label où je pourrais sortir les équivalents des Public
Enemy ou EPMD dont je faisais la promo, ou des Akinyele, Organized Konfusion,
Nas dont je faisais écouter les démos à Russel.
Qu’est-ce qui t’a poussé
à créer Fondle’em ?
Comme je te l’ai dit en travaillant à Def Jam et avec mon émission
sur WKCR je recevais beaucoup de démos. En 1993 j’ai monté
avec Pete le label Hoppoh, affilié à Columbia mais étant
distribués sur une major nous n’avions pas grand chose d’indépendant.
Columbia nous a empêché de signer KMD et Mudbones et au bout
de deux ans nous avons arrêté. En 95 j’ai rencontré
Rich King qui était fan de l’émission que j’animais
avec Stretch. Il avait une petite boîte de distribution indépendante.
Moi je voulais sortir des morceaux que personne n’aurait l’occasion
d’entendre autrement, et les rendre disponibles sur vinyle.
Peux tu nous expliquer ton premier
slogan "No Sticker, No Marketing, No Video" ?
Ca voulait simplement dire que je voulais que le consommateur achète
les disques Fondle’em uniquement parce qu’ils sont bons, et
qu’il décide de lui même s’il aime ou pas. Il y
a beaucoup trop de gens qui achètent des disques parce qu’ils
sont manipulés par les techniques de marketing.
Fondle'em n’a sorti quasiment
que des vinyles, était-ce quelque chose d’important ?
Très important. Personnellement je n’écoute que des
vinyles chez moi. Le vinyle a un son chaud que l’enregistrement digital
ne peut pas recréer. Ca ce n’est pas moi qui le dit, c’est
un fait scientifique. C’était aussi un acte militant au départ
pour pousser les gens à acheter des platines.
Pourquoi avoir fait des maxis sans
pochette alors ? En tant que collectionneur de disque tu ne penses pas qu’une
belle pochette donne de la valeur à un bon disque ?
Plus de valeur oui, mais quand on fait des petits pressages comme c’était
mon cas c’est beaucoup moins rentable. A Fondle’em la règle
était de partager tous les bénéfices à 50/50
entre le label et l’artiste, c’est pour ça que j’ai
toujours cherché à avoir les coûts les plus bas pour
augmenter les profits. Quand un disque est fort les gens l’achètent,
qu’il ait une pochette ou pas. Fondle’em était sans chichi,
on livrait la musique brut de décoffrage pour ainsi dire. Mais j’apprécie
vraiment les disques avec de belles pochettes. Si j’avais un label
avec un gros budget ce serait une priorité.
Beaucoup d’artistes ayant
sorti leur premier maxi sur Fondle’em ont sorti des albums sur d’autres
labels. Pourquoi n’avoir sorti d’album qu’avec Doom ?
Ce qu’il faut savoir c’est que Fondle'em était un label
libre, sans engagement. Je n’ai jamais signé de contrat avec
aucun artiste, ce qui veut dire que je n’étais jamais obligé
de sortir un maxi que je n’aimais pas, et inversement les artistes
n’étaient pas tenus de rester sur ce label. J’ai adoré
travailler avec Doom, c’est simplement pour ça qu’il
a sorti plus de disques sur Fondle’em que les autres.
Beaucoup des artistes sortis sur
Fondle'em étaient disciples du Saint Tabernacle (Doom, Siah, Scienz
Of Life...). Est-ce une coïncidence ?
Oui, c’est une coïncidence, mais j’apprécie généralement
les paroles spirituels qu'elles soient religieuses ou non.
Qu’as tu appris à Def
Jam qui t’ai servi pour Fondle'em ? Il y avait-il quelque chose de
commun entre Fondle'em et un label comme Def Jam ?
Oui il y a un point commun en ce qui concerne la vision à long terme.
C’est ce que j’ai appris de Russel, comment faire de la musique
qui dure. Je crois que les deux labels ont accompli ça, à
deux niveaux différents bien sur.
Pourquoi changer le nom du label
aujourd’hui ? En quoi Fruitmeat sera différent de Fondle'em
? Sera t-il distribué par Def Jux ?
Fruitmeat sera distribué par Fatbeats tout comme l’était
Fondle'em. La différence entre les deux labels sera que Fruitmeat
ne sortira que des morceaux qui reflètent conscience personnelle
( ????). La première sortie est un groupe de jazz Butta. J’ai
toujours l’intention de sortir des disques de hip hop, mais par exemple
un artiste avec des textes comme MF Doom ne sera pas approprié pour
le label, juste pour être joué dans mon émission.
Tu as récemment été
DJ pour une pièce de théâtre, peux-tu nous en parler
?
C’était une pièce intitulée UMKOVU. Elle parle
d’un MC muet qui se fait délibérément assassiner
par son label. On y croise un réceptionniste obsédé
par Pollo Loco, un directeur artistique activiste et une journaliste lesbienne.
L’auteur Eisa Davis m’a contacté pour que je m’occupe
de la musique et j’ai mixé sur scène, c’était
marrant. J’adorerais faire des musiques de film un jour.
Quelle était l’idée
derrière “Wonder Wrote It" (un CD mixé avec Spinna
fait de reprises de Stevie Wonder) ?
L’idée était de faire prendre conscience aux gens du
talent de Stevie Wonder. Wonder Wrote It part 2, le second volet de la série
Fruitmeat Mix, sortira avant cet hiver.
Première question idiote
: Que deviens Kurious ?
Il est toujours vivant, il va bien, toujours à manger espagnol dans
son quartier de l’upper west side à Manhattan.
Deuxième question idiote
: Si tu devais choisir une seule activité entre ton label, ton émission,
le DJing, l’écriture, etc...
J’évite de répondre aux questions idiotes.
Propos recueillis par SLurg