El Fudge Interview

Peux-tu nous dire d'où tu viens et comment tu as commencé à rapper ?
Je viens de NY, j'y ai passé l'essentiel de ma vie, à Manhatten, Washington Height, je suis Dominicain d'origine, et pas Porto Ricain, comme je l'ai lu dans Groove. je rappe depuis 1995, mais avant ça j'ai été Dj pendant au moins six ou sept ans, d'aussi loin que je me souvienne j'ai toujours été dans le hiphop, mais ma première passion était le DJing
.Malheureusement un jour ma mère pour me punir a cassé ma platine, parce que je déconnais à l'école, dans la rue. Alors j'ai pris un papier et un stylo et je me suis mis à écrire.

Tu revendiques ton origine Dominicaine.
Oui parce qu'à part Juju il n'y a pas beaucoup de Dominicains sur le devant de la scène. Tout le monde veut "représenter" son quartier ou sa nationalité, j'adore les Porto-Ricains cela dit, c'est juste que je connais plein de Dominicains qui sont doués mais dont on ne parle jamais.

Tu n'as pas encore fait de morceau en espagnol ?
Non, mais je mets quelques mots espagnols de temps en temps. Je suis fier de mon héritage hispanique, mais je suis né et j'ai grandit aux Etats Unis. Je suis pas super fort en Espagnol, pas assez pour rapper.

D'où vient ton nom ?
Des bonbons. Quand j'étais en Virginie, pendant un an, moi et mon frère on avait un appart, et le frigo était toujours vide, on mangeait que des friandises appellées EL Fudge. Mes amis en Virginie m'ont surnommé El Fudge ! Sur mon maxi Rawkus s'est trompé et ils m'ont appelé L Fudge, mon prénom c'est Elvin, et en plus El veut dire Le en espagnol. Ensuite j'ai fait comme si c'était voulu : Liquid Fudge. Je préfère El.

Que faisais-tu en Virginie ?
Mon frère faisait son service militaire en Virginie, et comme je faisait des conneries à new York ma mère a penser que changer d'environnement me ferait du bien. Mais j'ai fait des conneries là-bas aussi ! Je suis revenu à New York, et je me suis mis sérieusement au rap.

Qui est le premier MC qui t'as fait dire : je veux faire comme lui ?
j'ai plein d'influences. Avant même que je sache parler mon grand frère me faisait écouter du rap, je peux pas te citer tout le monde. Mais mon préféré était Kool Moe Dee quand j'ai vraiment commencer à préter attention aux paroles et au flot. J'étais aussi fan de Big Daddy Kane et de Rakim. Entre autres.

Ton premier single était sur Rawkus, ensuite tu as sorti beaucoup de disques sur des labels Européens, pourquoi ?
Parce que les Européens m'aiment bien ! Et c'est réciproque. Le marché hiphop est bizarre aux Etats-Unis, là-bas il faut avoir un label financièrement solide, sinon tu passes inaperçu. Les gens ne font aucun effort pour aller écouter autre chose que ce que les mass media leur proposent. Ici les gens vont chercher ce qui leur plait, et ils respectent ta musique, et pas ta campagne publicitaire ou ton plan marketing. Quand Liquid est sorti, jc'est en Europe que j'ai vendu le plus de disques. A cette époque Rawkus était vraiment indépendant, et ne faisait pas de promo. je suis venu jouer en Europe, on a fait une tournée et on m'a proposé d'enregistrer ici au moment où je suis parti de chez Rawkus. Je ne suis signé sur aucun label donc je peux accepter toutes les propositions qu'on me fait, et sortir un disqu ede temps en temps pour montrer que je suis en vie. Et le plus souvent c'est sur des labels Européens, parce que je me concentre plus sur l'Europe que sur l'Amérique. Chez moi les gens n'achetent plus de disques, ils vont directement au rayon CD. C'est pour ça que je fais mon album avec Groove Attack, parce que je veux que les gens ici aient mon album avant les Américains, puisque ce sont eux qui respectent le plus ma musique.

Tes amis à New York s'ils veulent ton album devront l'acheter en import ?
Non, je fais confiance à Groove Attack pour que le disque soit dans les bacs ! Mais il y a tellement d'artistes indépendants, ils sort des disues tout le temps, mais les ventes baissent. Avec mes premiers maxis je vendais 20 000 exemplaires ou plus, aujourd'hui c'est dur de dépasser les 10 000. C'est redevenu comme par le passé quand un indé vendait 7 000 ou 10 000 copies on était disque de platine ! Puis ça été la ruée vers l'autoproduction, mais aujourd'hui le marché est saturé. Heureusement qu'ici les gens respectent encore le vinyle. L'album sortira aussi en CD.

Comment s'est faite la rencontre avec Unsung Heroes ?
Ils sont venu nous parler. J-Live, Complex et moi étions en tournée, nous sommes passés à Londres et ils nous ont proposé de faire quelques titres avec eux. On est toujours content de faire ce genre de collaboration. Et puis en plus ça nous aide à payer le loyer, les factures.

Beaucoup de tes morceaux parlent du hiphop.
Quand je parle du hiphop, je donne simplement mon point de vue. Je n'impose rien. Je ne dis jamais : le hiphop devrait être comme ci ou comme ça. Tout le monde est different, je vais pas te dire de changer ta façon de vivre, ni ta façon de voir le hiphop. Ce dont je parle c'est de ma relation au hiphop. Le hiphop m'a fait faire le tour du monde, et je n'ai que 23 ans. Je ne peux avoir que du respect pour le hiphop, je gagne ma vie grace à elle, sans avoir à aller travailler tous les matins.

Et sa dimension sociale ?
Les gens aiment ce qu'on leur sert, sans penser à aller écouter ce qui se fait à coté, les rappeurs ne cherchent pas leur propre style de rap, ils n'essaient pas d'exprimer quoi que ce soit dans le rap. on manque de créativite. Il n'y a plus que du flot. Je ne peux pas non plus en vouloir aux gens qui n'ont connu que la rue de parler de la rue, mais à qui bon raconter la rue comme tout le monde le fait déjà, il doit y avoir d'autres façon de parler de ses expériences personnelles dans la rue. C'est pas parce que tu parles du même sujet que tu dois en parler de la même manière. Espérons que dans deux ou trois ans on sera passés à autre chose.

Qui travaille avec toi sur l'album ?
Il y a un producteur, Joe Budd'ha et J-Live, Mr Complex. Aussi un rappeur anglais : Mr 45. DJ Noise et Crossphada font les scratches. Je sais scratcher, mais chaque fois que je suis en studio il y a un DJ meilleur que moi ! Je sais faire les scratches à la Primo, le transforming, mais je ne maitrise pas le Flare. Ca fait longtempsd que je ne m'entraine pas et la technique a tellement évolué. J'ai déja scratché sur des disques, et pas que sur les miens !

Quels sont les sujets que tu abordes sur l'album ?
Je trace mon propre portrait, comment je vis, les coups durs que j'ai pu connaitre, ma personalité, je suis gémeau et j'ai un coté très calme et un coté beaucoup plus expansif. Chaque chanson sera différente des autres, j'aime pas faire deux fois le même genre de rap. Le budget était très restreint sur cet album, j'ai fait avec. je n'ai pas pu y mettre tout ce que je voulais, mais c'est une belle collection de morceaux.

Il y a un "concept" ?
Non, l'album s'appelle Chronique Irresponsability. Je ne pouvais pas le faire exactement comme j'aurais voulu. Il a été fait dans le speed, j'ai pas eu le temps de mettre au point un "concept". C'est juste des bons morceaux les uns derrière les autres. Il sort le 30 avril.

Propos recueillis par SLurg