Jigmastas Interview

Pouvez-vous vous présenter?
Spinna: Spinna, je viens de Brooklyn, New York City, USA.
Krim: Kriminal, je suis le MC de Jigmastas, de New York City, Brownsville, Brooklyn.

Il n'y avait pas un second MC, Ammo, avec vous ?
Spinna: En fait au début il n'y avait que nous deux, puis deux autres personnes ont fait partie du groupe, et maintenant c'est à nouveau nous deux. En 96 le premier single officiel de Jigmastas est sorti, "Beyond Real", au même moment on a monté le label Beyond Real.

N'avez vous pas peur que le fait que Jigmastas soit sur un major puisse nuire à Beyond Real ?
Spinna: Non au contraire, c'est positif. Beaucoup plus de gens vont connaître les Jigmastas. Même si on est sur Tommy Boy, Beyond Real c'est notre label, tout ce qui peux arriver c'est que Beyond Real soit plus connu et garde une crédibilité Hip-Hop.

Mais le label Beyond Real n'est pas distribué par Tommy Boy ?
Krim: Non, Beyond Real est un label underground indépendant, mais si tu t'intéresses à Jigmastas tu vois ce qu'il y a derrière, dans les interviews on en parle. On a quatre ou cinq artistes signés : Basement Khemist, I.G. Off & Hazardous, Old WorlDisorder, on a sortie un maxi de Channel Live. Alors si Jigmastas est sur Tommy Boy, c'est parce qu'il y a eu Beyond Real.

Peux tu nous en dire plus sur les artistes de Beyond Real ?
Krim: On a le single de Old WorlDisorder en ce moment qu'ont fait Skam et Shadowman avec Eminem. Il y a Basement Khemist et Joc Maxx dont le single, sorti seulement en Europe et au Japon, a bien marché. On va le sortir aux USA maintenant. Et un album Beyond Real Experience au printemps prochain avec tous le monde : I.G.Off, OWD, Basement Khemist Jet Black Heart et Dinaz. Des MCs de New York City à Kansas City. En restant fidèle au Hip-Hop et à la scène underground.

Vous avez déjà fais plusieurs morceaux avec Skam et d'autres personnes du label, peut-on parler d'un esprit de famille au sein du label ?
Krim: Oui, au niveau underground beaucoup de MCs passent par Rawkus par exemple. Beaucoup de ces rappers sont aussi des amis, on se côtoie tous les jours avec Black Starr, Shabaam Sahdeeq, Mr Complex, J-Live, Pharaon Monch. Certains seront sur Beyond Real Experience. C'est l'underground qui nous fait vivre.

Spinna, peux-tu nous résumer ton parcours en dehors des Jigmastas ?
Le premier disque que j'ai fait c'était Everybody Bounce sur Freeze (Nervous) en 94, 95, un disque de party. Ensuite j'ai sorti un bootleg avec deux remixes de Das Efx "Microphone Masters" et De La Soul "Stakes is High" seulement en Angleterre. C'est avec ça que j'ai démarré ma carrière. Après j'ai fait plein de remix et de productions d'indé : Big Twan, NOTS Click, Mr Complex, J Live, Network Reps... Ce sont tous des amis. Jigmastas c'est mon groupe, c'est en travaillant ensemble depuis 91 que j'ai acquis mon style. On reste unis.

Comment décides tu qu'un beat va aller à Jigmastas ou à un autre artiste ?
Souvent quand je compose j'ai déjà à l'esprit qui va rapper dessus. Jigmastas c'est un peu moi, je sais quand on gardera un beat. Si je travaille sur un projet pour un autre artiste je compose spécialement pour lui, parfois en sa présence. C'est jamais un morceau qu'ils choisissent au hasard sur une cassette. C'est comme ça que je fonctionne, et c'est ce qui fait que chaque projet est unique. J'ai plus le temps de faire des instrus au hasard, je ne me lève pas le matin en disant "aujourd'hui faut que je fasse une musique".

Y a-t-il un MC avec qui tu voudrais travailler ?
Même si j'ai déjà fais un remix pour eux, De La Soul est vraiment le groupe avec qui j'ai hâte de faire quelque chose. Et aussi Rakim, mais je sais qu'il est difficile de l'approcher. Un jour peut-être.

Avec tous les hits undergrounds que tu as déjà produit on imagine que tu dois ëtre très demandé aussi bien par les majors que par les artistes eux-mêmes?
Pour te dire la vérité je peux plus laisser mon téléphone raccroché cinq minutes (rires). On me demande pas mal mais je veux pas me tuer, faut savoir se modérer et savoir choisir les gens avec qui on veut travailler.

On a l'impression que les choses sont allées vite pour toi, comparé à Premier par exemple qui a attendu de faire trois albums avec Gangstarr avant de produire d'autres groupes.
Premier a fait des centaines de morceaux. Chaque année je découvre des titres qu'il a produit il y a trois ou quatre ans et qui sont passés inaperçu. Moi je me contente de travailler, beaucoup, avec différentes personnes. Je suis comme un enfant avec ses jouets, j'aime la musique.

Que penses-tu de la démarche de Shawn J. Period qui refuse d'utiliser des samples ?
Je respecte ses motifs, qui sont d'ordre spirituels. Personnellement je ne pourrai pas travailler comme ça, mais je ne considère pas que le sample soit du vol. On prend un bout de musique pour faire une oeuvre à soi, méconnaissable. Si on ne modifie pas le morceau l'auteur original doit être crédité et payé, là non plus ce n'est pas du vol. Pourtant il y a des fois où j'échantillonne des sons et je joue mes mélodies au clavier. Mais le Hip-Hop existe par le DJ qui prend un break sur lequel le MC rap. Avec le temps et la technologie on peut le faire sans platine, alors que si on oublie ça on perd quelque chose du Hip-Hop. J'aime chercher des disques à utiliser.

Que penses-tu des compilations de break-beats originaux ?
Je ne suis pas vraiment fan de ça : ça rend les DJ/Producteurs fainéant. A une époque c'était un phénomène les DJs qui cherchaient les disques, aujourd'hui ils ont les compilations sous leurs yeux, il n'y a plus rien à faire. En même temps je dirai que ces compilations font connaître des disques qui sont souvent rares. Le problème c'est quand ils "dénoncent" les producteurs qui les ont utilisés.

Il parait que tu as une belle collection de disques.
Je suis un fou de musique. Je ne me considère pas seulement comme un DJ Hip-Hop, j'ai écouté toute sorte de musique, et Krim également il est d'origine Jamaïcaine et il connaît bien le reggae. Vivant à New-York on a fréquenté les clubs House à l'époque où toutes les boites Hip-Hop fermaient à cause de la violence, enfant on écoutait James Brown, Aretha Franklin, Stevie Wonder, Marvin Gaye, j'ai des influences Latines ... Ma collection est versatile... éclectique.

Tu t'appelles DJ Spinna, mais il y a peu de scratches sur tes productions.
Malheureusement je n'ai pas le temps de m'entrainer. Je suis trés critique en ce domaine et parfois Krim me dit que mes scratches sont bons, mais je me concentre surtout sur les beats. Il y aura sûrement plus de scratches sur l'album de Jigmastas.

Question idiote : quels sont tes morceaux préférés.
C'est dur, j'en ai fait plein ... Mr Complex, le remix de "Make Me Happy" avec Jigmastas, De La Soul "Stakes Is High", Shabaam Sahdeeq "5 Star Generals", ...heu, "Beyond Real" bien sur, en premier c'est le meilleur beat que j'ai composé.

Prépares tu d'autre vinyles d'instru ?
Bien sur, avec "Domecrackers", c'est Joc Max de Basement Khemist, et moi. Joc Max est mon running-mate. Il est producteur, MC et DJ. C'est lui qui a produit "Petrified" sur Phax' N'Phixion la compilation de Morpheus, c'est un peu le Large Professor de Beyond
Real.

Est-ce que vous graffez ?
Spinna: Non on n'a jamais graffé. Skam de Old World Disorder graffe, en fait c'est plus un artiste qu'un graffitti-artist. Il est fort, il fait des fresques ...
Krim: Ge-ology aussi graffe bien. Il a fait la pochette de Phax'N Phixion, (et de Blackstar)

Propos recueillis par SLurg