J Zone Interview
J
Zone est une de ces bonnes surprises que le hiphop nous réserve un
peu trop rarement. Sorti de nulle part, sans aucun lien dans l'industrie du
rap, ni dans le cercle fermé de l'underground New-Yorkais, J Zone a
sorti un premier EP en 1999, alors qu'il était étudiant en musicologie
Music For Tu' Madre était son projet de fin d'année. Dense,
bourré d'idées et d'humour ce premier disque a surpassé
la plupart des sorties des labels indépendants traditionnels. Compositeur
avant tout, il s'entoure de quelques amis tellement inconnus que même
Bobitto ne connais pas leurs noms. L'année suivante il poursuit son
oeuvre avec A Bottle Of Whup Ass, sur la pochette duquel pose sa grand-mère
cigarette au bec et armée d'une batte de baseball avec toujours la
même formule faites de break beats découpés dans tous
les sens, de samples improbables et de paroles peu sérieuses mais pleines
de dérision.
Tu
dis souvent que tu te considères plus comme un producteur que comme
un MC, pourtant tu as déjà fait deux EP en tant que rappeur.
Peux tu nous expliquer ce paradoxe ?
J'ai sorti deux mini albums que j'ai tous deux entièrement produits,
et dont j'ai réalisé tous les scratches, cependant je ne suis
pas seul à rapper dessus, mes camarades Huggy Bear, Al-Shid et Kobayashi
apparaissent sur la moitié des morceaux. Si je ne me considère
pas vraiment comme un MC, c'est parce que je n'ai pas tout le temps l'envie
de prendre le micro, alors que j'adore produire. Je dois écrire un
texte tous les deux mois et je ne suis pas du tout dans le trip impro, battles
etc. une fois de temps en temps me prends l'envie d'écrire ou de monter
sur scène, mais ce n'est pas constant.
Peux
tu nous parler de ta collection de disque, parce qu'il ressort des tes morceaux
l'impression que c'est ta manie de collectionner qui t'as mené vers
la production. Continue tu encore à fouiller les bacs régulièrement
?
Ouais, mais je me contente d'acheter des disques de funk rares, du mauvais
gangsta rap, et les trucs bizarres. je ne suis pas le genre de maniaque qui
va rechercher des disques de rock à 100 dollars seulement parce qu'il
y a un break dessus.
Tu
as étudié la musique, est-ce que cela se ressent dans ton approche
du sampler ?
J'utilise le sampler comme un instrument. C'est à dire que je ne laisse
pas tourner une boucle pendant 4 minutes sans aucun changement. J'arrange
les samples comme un chef d'orchestre qui mène un groupe de 50 musiciens.
Le sampler est un outils qui permet d'exprimer sa créativité,
si tant est qu'on sache ce qu'est un arrangement. Le rap est la seule musique
où il n'y ai pas de changement d'ambiance, d'humeur. Les musiques avec
lesquels j'ai grandit ont toutes des changements, des ponts, des breaks...
Quand je me suis intéressé au rap les gens comme Public Enemy,
Dre, Prince Paul, ou Pete Rock aux débuts arrangeait leurs morceaux
comme on le fait dans un orchestre, sauf qu'eux le faisaient avec des samples.
Maintenant la majorité du hiphop est sans intérêt parce
que tout est monotone. il n'y a plus que des beatmakers, et pas de producteur,
c'est différent. Tout le monde peut faire un beat, produire c'est une
autre histoire.
Tu
as été l'assistant de Vance Wright, le DJ de Slick Rick. Est-ce
que cette proximité avec le meilleur compteur a influencé ta
façon d'écrire ?
Nan. Ce qui m'a aidé pour les histoires ce sont les expériences
que j'ai vécues, et puis j'aimais bien les rédactions à
l'école ! Cela dit j'ai toujours aimé Slick Rick.
Comment
es tu entré en contact avec le label anglais Stonegroove ?
Mon pote DJ Fisher de Day By Day Management a envoyé mon CD à
Mr. Lawson (directeur artistique de Stonegroove). Il a bien aimé, et
voila !
Et
comment en es-tu venu à travailler pour Fat lace magazine ?
Greenpeace m'a contacté par e-mail quand est sorti le premier EP. J'adorais
déjà Fat Lace à l'époque. C'est lui qui a suggéré
que j'écrive pour eux, et comme leur magazine me correspond bien j'ai
accepté. C'est le seul où j'écrive régulièrement
"If
you wanna get educated go to school, not my show" ("Si tu veux t'instruire
va à l'école, viens pas à mes concerts") pourtant
tu dis que tes influences sont Public Enemy, Ice Cube (période Amerikkka
Most Wanted)?
Se sont mes influences au niveau production. La façon dont sont agencés
"Amerikkka's Most Wanted", "Death Certificate", "Nation
of Millions" et "Fear of a Black Planet" m'a marquée
en tant que producteur. Attention : Chuck D est un des meilleurs MC, tout
comme Ice Cube, mais je ne suis pas sérieusement à fond dans
les textes. je veux juste m'amuser, distraire et transgresser les règles,
parce que c'est de ça dont à besoin le rap aujourd'hui.
Dans
le premier Ep tu raillais les Puffys et autres Big Willys. Il me semble qu'aujourd'hui
tu as changé et que tu en veux plus au public underground ou indépendant.
Je me trompe ? Et pourquoi ?
C'est parce qu'au début je n'étais qu'un étudiant qui
observait ce milieu de l'extérieur. On ne peut pas se rendre compte
à quel point l'underground est aussi perverti que l'industrie tant
qu'on n'en fait pas partie. Je croyais que l'underground était une
alternative saine aux paillettes du show-business, je croyais qu'on pouvait
être soi-même, mais pas du tout. Il y a des petits groupes d'élitistes
qui vont te snober pour la moindre raison quoi que tu fasses. En plus j'ai
fait Music For Tu' Madre quand j'avais 20 ans, 21 ans. en grandissant j'ai
compris que la vie est trop courte pour perdre son temps à critiquer
un gars qui vendra des millions d'albums quoi que tu dises, alors pourquoi
perdre son temps. je préfère le laisser gagner son argent tranquillement
et je suis content pour lui. J'ai décidé de garder mon énergie
pour améliorer ma musique. J'ai aussi appris à accepter les
choses comme elles sont : Puff fait de la musique festive, je fais autre chose.
Pourquoi parler mal sur lui. Chacun son opinion. Je pense qu'il vaut mieux
que je m'occupe de mes proches, parce que leurs vies me concerne plus que
celle de Puff. Vanner les rappeurs grand public ça m'amusait il y a
trois ou quatre ans, donc je ne regrette rien parce que je pensais vraiment
comme ça à l'époque. Mais honnêtement je n'aime
plus du tout mon premier EP, je n'en parle quasiment plus. Maintenant j'aime
bien Master P, Cash Money, etc. Je commence à m'y intéresser,
j'ai même leur CDs.
Quels
sont les projets de Old Maid entertainment dans un futur proche ?
Je dois sortir un album cet été, je viens de le terminer. Ce
sera J-Zone presents...The Old Maid Billionaires (Huggy Bear and Al-Shid).
Le titre n'est pas définitif. Il doit sortir sur Eastern Conférence,
le label de High & Mighty. Je n'ai plus le temps de faire presser les
disques moi-même et de m'occuper de gérer le label. Pour le moment
il faut que je me concentre sur la musique.
As
tu eu des nouvelles de Lucy Liu ?
Nan, Je crois que je lui ai fait peur.
Lien: www.zonesite.net
Propos recueillis par Bachir