Starflam Interview


Actif depuis une dizaine d’années Starflam n’a plus rien à prouver à quiconque en Belgique, leur défi à l’aube de la sortie de Donne-Moi De L’Amour est de parvenir enfin à conquérir le public français.

Tous les ans Liège accueille le 15 août les fêtes de Sainte Marie au cœur de la République Libre d’Outremeuse. Des dizaines de milliers de belges envahissent pendant trois jours les rues de ce quartier de braves gens qui ont les cheveux près de la tête et le cœur sur la main, dixit la plaque commémorative qui orne la statue de George Simenon. C’est ce lieu que le réalisateur Christophe Bohn a choisit pour tourner Donne Moi De L’Amour, le clip de Starflam, face à une fresque représentant la pochette du troisième album. Durant toute l’après midi les rappeurs repassent inlassablement devant le mur décoré par Jaba tandis que les curieux de tous ages s’amassent poliment au coin de la rue. Seg, Balo, Kaer, Akro, Pavé, DJ Mig One, et Fred ALB sont des stars nationales, 30 000 exemplaires de Survivant se sont écoulés dans un pays qui compte dix millions d’habitants. En France : 3 000 ventes. On ne les sent pourtant pas frustrés de cet état de fait, mais plutôt motivés pour s’imposer dans l’hexagone.


Vous tournez aujourd’hui votre clip devant une fresque, toutes vos pochettes sont graffées ou dessinées... Quelle est l’importance du graf dans Starflam ?
C’est pas un choix idéologique, c’est simplement parce que c’est ce qu’on aime. Graphiquement on se sent proche de ce que Jaba a fait, pareil pour Pablo qui a fait la pochette du deuxième album. En même temps en Belgique il y a une histoire particulière du hip hop puisque les autres disciplines existent au même titre que le emceeing. Il y a une vrai scène graff, il y a des graffeurs qui gagnent mieux leur vie et qui ont plus d’opportunités que beaucoup de MCs. C’est resté old school comme on dit, mais pour nous c’est naturel. Et Jaba c’est le frère de DJ Mig One, on le connaît depuis toujours, les Malfrats Linguistiques donnaient leurs premiers concerts quand il posait ses premiers graffs.

Cet album, et le clip s’appellent Donne-Moi De l’Amour. Quelle est l’idée derrière cette phrase, et derrière le morceau ?
Dans un premier temps c’est le prolongement d’un titre de l’album précédent Survivant, qui est Beaucoup De Bagarreurs, Peu De Combattants. Notre démarche artistique et humaine au sein du groupe est : donne moi de l’amour. On peut appeler ça comme on veut si on a peur du mot amour : l’affection, respect, reconnaissance, considération. Ensuite on s’est rendus compte en proposant Donne-Moi De L’Amour comme titre de l’album que ça fait flipper les gens, tous nos potes et même certains dans le groupe étaient contre le titre ! A un moment c’est ridicule de penser qu’un album peut s’appeler Tuez-les Tous, ça passe, tout le monde trouve ça cool, et si tu dis le mot Amour ça choque !

Ca choque qui ?
Le microcosme hip hop qui est assez fermé au niveau des thématiques. La première réaction des gens c’est de s’imaginer qu’on ne peut pas parler d’amour ailleurs que dans une chanson R&B. L’amour c’est pas juste Mr Loverman, c’est dans tout, on parle de respect, d’amitié, de vie tout simplement, mais c’est prit de façon fleur bleue, c’est un peu pour ça qu’on a fait un clip avec ce morceau là, pour expliquer aux gens qui seraient un peu « perturbés » ! Le morceau parle de solitude affective dans le couplet de Pavé, de manque de communication, de malaise. C’est soit le mec qui ne sait pas parler à une meuf, soit toi comment tu gères tes amitiés etc. La délinquance dont on parle dans le premier couplet vient en réaction à ça

Vous dénoncez l’état policier dans Parade. Vu de France on n’a pas le sentiment que la Belgique soit vraiment une dictature.
A tous les niveaux on va vers un état policier Européen, sur le modèle de tolérance zéro des Etats-Unis. Ici il n’y a pas les vigipirates et tout ce que vous connaissez, mais l’état policier ça va au delà de la police. C’est aussi une métaphore dans le sens où on pousse les gens à être des moutons. C’est l’état policé ! Tout le monde doit rentrer dans des cases, personne ne doit sortir du lot. C’est une tendance générale à la surveillance, on met des caméras partout. Chez vous la droite estime que vous avez besoin de police parce que vous êtes plus nombreux et qu’ils ont foiré en entassant des gens dans les cités. Ici vu qu’on est coupés en deux et que ce coté ci est plus pauvre la répression est différente : chez nous il y a la came qui calme les gens. En France il y avait le shit mais ça ne calme plus parce qu’il y a trop de gens qui font de l’argent avec ! Nous ici c’est toléré, à Liège, Bruxelles et Anvers.

Comment vous situez vous par rapport au rap français ?
Si il n’y avait pas eu des gens pour rapper en français avant nous je ne suis pas sur qu’on aurait été les premiers à en avoir l’idée. On écoutait déjà du rap américain, mais on n’avait pas imaginé que c’était possible de faire du rap dans notre langue. On est influencés par les thèmes du rap français c’est pas parce qu’ils sont français. L’influence majoritaire c’est le rap américain mais il y a aussi du rap français qui nous influence mais pas dans le sens où on essaierai de copier.

L’accueil que la France à réservé à Survivant…
Top Dix 2001 dans Groove, disque du mois dans l’Affiche…Que du positif, sauf que les ventes n’ont étonnamment pas suivit. On n’est pas content du travail que EMI a fait à l’époque, c’est pour ça qu’aujourd’hui on travaille avec Hostile qui est plus dans le rap. Le problème c’est qu’il y a le groupe, il y a les auditeurs pour qui tu fais de la musique, et entre les deux il y a les intermédiaires. Alors avant de convaincre le public (ce qui n’est pas facile) il faut vaincre les a priori des intermédiaires. On est confronté à une bonne part de chauvinisme, mais c’est de bonne guerre (sourire). Et dans les maisons de disques aujourd’hui la politique c’est risque zéro, elle ne jouent plus leur rôle de découvreur de talent. Nous ne sommes pas dans une très bonne conjoncture.

Le marché français est il important pour un groupe qui a été disque de platine dans son propre pays ?
Ca veux rien dire disque de platine c’est 30 000 seulement. Ce qui fait plaisir c’est de voir la reconnaissance des deux cotés du pays puisque qu’on est écouté et les gens font attention à ce qu’on dit dans les albums et voient au delà des singles. Ensuite le disque d’or ça fait plaisir au moment où tu l’as mais c’est pas en vendant 30 000 exemplaires qu’on arrive à en vivre. La répression pour nous c’est que nos espoirs sont limités. Le disque d’or ça motive la maison de disque c’est tout. Si on veut continuer Starflam il faut qu’on arrive à toucher la France. On a joué en Allemagne, en Autriche, en Suisse, le problème de la France c’est la situation : trop de concerts sont partis en couille, les programmateurs n’osent plus prendre de risque, on n’est pas encore établi, on n’est pas un facteur de rentabilité garanti, or notre seule opportunité c’est de trouver quelques concerts, parce qu’on commence à avoir une bonne réputation en France. C’est ce que j’appelle attaquer par la face Nord : aller démarcher pour des concerts, car si on attend on nous appellera jamais. C’est vrai aussi que le public français on va vers lui naturellement, parce qu’on écoute des disques français, on regarde la télé française, on connaît les médias français autant que vous, et même plus puisque tout le monde à le câble ici !

Vous jouez beaucoup en Flandre alors que vous ne rappez pas en flamand.
En Flandre dans tous les petits patelins, contrairement à la Wallonie, ils ont leur festivals, ils organisent des dates partout. Tout a démarré avec le single Le Plat Pays du premier album qui était joué sur Studio Bruxelles, la plus grosse radio flamande. Ils jouent peu de musique francophone donc ça a été une surprise pour nous. Ce qu’il faut savoir c’est que les trois-quart des néerlandophones parlent le français, mais l’inverse n’est pas vrai. Et les Flamands sont plus riches que les Wallons, ils sortent plus, ils sont plus intéressés. Il y a plus d’argent investi dans la culture chez eux, ici 99% de l’argent va dans la culture institutionnelle (opéra, théâtre).

Le refrain d’Antistatique est sans ambiguïté : « On veut du bounce et du sens »
Le rap à la base c’est de faire la fête : du bounce dans le son et du conscient dans le texte. Mais pas que du bounce dans le son, on est sept dans le groupe avec des goûts différents. Si tu pars du principe qu’en signant avec une major tu vas d’office devoir leur donner deux ou trois singles pour travailler : autant lui faire des singles qui veulent dire quelque chose. Si tu as un micro dit quelque-chose. Antistatique parle des clubs et aussi de la discrimination à la porte, c’est notre vie, on n’est pas des militants dans le sens où ne se lève pas à six heure du matin pour coller des affiches, mais ce titre représente bien Starflam.

Lien: www.starflam.com

Propos recueillis par SLurg